Encore trois nuits blanches.
Comment peut-on dormir,à l'hôpital ?
Moi,je n'y arrive pas.Parce que ça me rappelle trop de choses.
Quand je suppliais maman de me ramener à la maison,de ne pas me laisser dans cet endroit tout blanc avec cette sale odeur de médicaments,qui n'est certainement pas fait pour un petit garçon de dix ans.Quand j'avais essayé bêtement de me tuer une première fois,et qu'on me gardait enfermé dans une toute petite chambre,à cause de mes pleurs et de mes crises de panique,avec deux mètres de bandage sur chaque poignet.
Bien sûr,cette semaine je n'étais pas tout seul.Enfin,pas toujours.Elliot venait tout le temps,ma nouvelle maman aussi,et un petit peu mon père.Mais lui,c'était juste pour me fâcher et m'enfoncer un peu plus,comme toujours.
J'ai fait peur à tout le monde,à moi surtout.Cette fois,je ne voulais pas mourir,pas vraiment,je voulais juste que toute cette douleur s'arrête enfin.Je ne voulais plus penser à lui,à tout ce bonheur soudainement parti en miettes,ou plutôt en cendres,à tout ce que j'avais perdu depuis une semaine.Alors j'ai fait une grosse bêtise.Quand ça ne va pas,j'en fait tout le temps.Mais avant,il était là pour m'en empêcher ou me consoler.
Maintenant,je suis tout seul.
C'est tellement dur,surtout le soir.On n'avait rien fait,pourtant,pour mériter ça.
J'aime tellement Paris,quand je ne suis pas obligé de rester avec mon père,et quand quelqu'un est avec moi pour dévaliser la rue Keller et courir après les pigeons à Montmartre.
Je croyais avoir tout visité...
Mais pas un hôpital.Enfin c'est fait,maintenant.
C'est vrai que se couper la peau,comme on s'est fait couper le coeur,vider la pharmacie et boire du rhum,c'est pas terrible pour la santé.Surtout quand on en a pas,comme moi,et qu'on ne pèse même pas quarante kilos.Comme moi aussi.
Mais voilà,encore une fois,ça n'a pas marché.Peut-être qu'il faut que je reste,finalement,au moins pour Elliot,et que j'arrête de faire le petit égoïste.
J'avais très envie de le rejoindre,pourtant.
Maintenant,j'essaye de me concentrer sur le futur,que je ne vois pas bien,et dont je me fiche,au fond.J'aimerai bien grandir d'un coup,et être enfin content de rentrer à la maison.
De toute façon,je suis déjà trop vieux pour Peter Pan.
A dix-huit ans,on est censé être adulte,non ?
Alors,pourquoi est-ce que j'emmène partout mon renard en peluche,et que je recommence à avoir peur du noir ?
Des fois,j'ai l'impression d'avoir mille ans.Mais je ne voudrais jamais vivre jusqu'à cet âge,surtout si je dois me souvenir de tout.
Mon souvenir le plus beau et le plus douloureux,ça restera lui,à tout jamais.
Pas besoin de le graver dans ma peau,car il est gravé en moi.
Avant,j'aimais rire.Maintenant,je veux juste qu'on me réapprenne à sourire.
Est-ce qu'un jour,je pourrai guérir ?